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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 14:15

DSC01815Ce qu’il advint du sauvage blanc est un roman inspiré d’une histoire vraie, celle de Narcisse Pelletier, jeune mousse de 13 ans embarqué sur le Saint-Paul en 1857 puis abandonné sur le littoral australien . Il est adopté par une tribu indigène au sein de laquelle il vit pendant 17 ans avant d’être retrouvé et emmené contre son gré afin de le renvoyer dans son pays d’origine : la France.

 

Rien que pour écrire les quelques lignes qui précèdent, j’ai été ennuyée. Parce que ce que je vous ai dit au sujet de Narcisse Pelletier concerne la véritable histoire de Narcisse Pelletier et non pas celle qui est narrée dans le livre.

 

En effet, le roman de François Garde se dit inspiré de cette histoire et bien qu’il en conserve certains éléments, il en déforme beaucoup d’autres. Il faut donc avoir bien à l’esprit avant de le lire qu’il s’agit bien d’une fiction et non pas d’une biographie romancée comme l’on pourrait s’y attendre.

D’ailleurs, l’auteur ne prend même pas la peine de préciser ses intentions ni même de fournir quelques détails sur ses recherches et ses sources d’informations comme il est courant de le faire dans ces cas-là. D’autant plus qu’il existe une source de première importance, celle du témoignage de Narcisse lui-même rapporté par Constant Merland : Chez les Sauvages : dix-sept ans de la vie d'un mousse vendéen dans une tribu cannibale (1858-1875). Or l’auteur reconnaît ne même pas l’avoir consulté ! Ce qui, pour moi, était le minimum syndical !

J’aurais apprécié une mise en garde, un petit avertissement pour préciser ce fait car je me suis sentie un peu bernée pour le coup.

Certains prétexteront que le but de l’auteur était autre que celui de faire une biographie romancée. Je réponds alors : dans ce cas on le précise ! Le fait que l’auteur conserve des détails tels quels induit le lecteur en erreur et l’amène à prendre pour argent comptant tout ce que l’auteur écrit alors que tout est déformé.

 

Le roman est construit sur le mode des chapitres alternés entre d’une part le récit de la vie de Narcisse, son abandon, son intégration dans la tribu, et d’autre part le récit de son retour à la « vie normale » à travers les lettres de celui qui le prend sous son aile : Octave de Vallombrun ( personnage totalement fictif).

 

Il ne s’agit donc pas d’un nouveau Robinson Crusoé, François Garde s’intéresse surtout au côté psychologique de cette aventure. Le désarroi de Narcisse face à cette tribu aux mœurs qui lui sont étranges et incompréhensibles fait écho au désarroi d’Octave face à ce compatriote qui ne comprend plus les mœurs de son peuple d’origine.

Narcisse a complètement adopté le mode de vie, la langue, la mentalité de sa tribu d’adoption et semble en avoir oublié sa propre culture. Il se terre dans un mutisme qui déconcerte son protecteur, ce dernier, travaillant pour la Société de Géographie, espérait bien pouvoir tirer de ce cas incroyable de précieuses informations sur les us et coutumes du peuple indigène.

Ces informations, le lecteur les a à travers les chapitres consacrés à la vie de Narcisse après son abandon. Mais après quelques recherches, je me suis aperçue qu’elles étaient purement fictives elles aussi. Pour connaître les véritables conditions de la vie de Pelletier, il vaut mieux se référer à l’ouvrage de Constant Merland.

 

En dehors de ça, il s’agit quand même d’une lecture intéressante de par la réflexion qu’elle suscite concernant la différence et l’intégration. François Garde met en évidence le fait qu’on ne peut appréhender une autre culture sans tenir compte de la nôtre. On essaie désespérément de comprendre avec nos codes, nos principes à nous alors qu’ils ne sont plus applicables. Il souligne aussi de façon indirecte l’importance du milieu dans lequel on évolue sur l’élaboration de notre personnalité et l’importance de la langue pour communiquer et s’intégrer au sein d’un groupe social, la langue est d’ailleurs un véritable reflet de la culture de ce groupe.

Je me suis demandée tout au long de ma lecture comment on pouvait ainsi oublier 18 ans de sa vie. L’auteur apporte une réponse en fin d’ouvrage, réponse que je n’ai pas trouvée convaincante. ( cette « amnésie » est beaucoup plus compréhensible, à mon sens, dans le cas du véritable Narcisse Pelletier ).

François Garde évoque aussi la réception de cette aventure par la société de l’époque, curiosité malsaine, soupçons d’imposture … sans mettre de côté la possibilité que notre rescapé soit en fait devenu fou.

 

J’ai apprécié également le style, l’auteur marque bien la différence entre le récit de la vie de Narcisse et les lettres d’Octave où l’on remarque bien le changement de ton. L’emploi du procédé épistolaire permet au lecteur de se mettre à la place d’Octave et de se questionner en même temps que lui. On se prend au jeu mais on ressent également toute la frustration d’Octave face au mutisme de son protégé. Et pourtant, on est censé en savoir plus que lui mais ce sont principalement ses réactions, son comportement qui m’ont intriguée et déconcertée.

Narcisse PelletierLe personnage d’Octave est donc très touchant par son combat pour faire reconnaître l’importance d’étudier le cas de Narcisse et par son souci de le protéger et ce malgré l’incompréhension de son entourage familial et professionnel.

Bref, tout ceci m’a donné une furieuse envie d’en savoir plus et de me procurer l’ouvrage de Constant Merland (mais évidemment il est indisponible partout …).

 

Ce qu’il advint du sauvage blanc est donc un roman très intéressant par toutes les questions qu’il soulève et agréable à lire mais je l’aurais d’autant mieux savourer, je pense, si j’avais su dès le départ qu’il s’agissait purement d’une fiction.

 

Pour en savoir plus et démêler le vrai du faux :

-         l’article Wikipédia sur Narcisse Pelletier

-         l’avis de Stephanie Anderson, anthropologue et spécialiste du cas Pelletier.

-         l'avis très complet et détaillé sur le blog du koala lit ( nombreuses références et explication des erreurs commises par François Garde, interview de Stephanie Anderson )

 

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commentaires

Loesha 06/10/2013 18:49

Je viens de le terminer et j'ai été pour ma part complètement emportée par l'histoire... Il faut dire que je n'ai pas vraiment cherché à savoir s'il s'agissait d'un roman historique ou non, étant
peu habituée à ce genre. Bref, j'ai adoré cette aventure et j'ai été touchée par le questionnement de l'auteur que tu évoque dans ton article (portée psy, amnésie...)

Aaliz 30/10/2013 14:06



Je comprends. Comme je m'attendais à une véritable biographie romancée, je me suis sentie flouée et du coup, pour moi, ça biaise tout son raisonnement. Dommage ...



A-little-bit-dramatic 13/03/2013 18:58

Oui, je vois ce que tu veux dire...quand on s'attend à un récit rigoureux historiquement parlant et qu'on se retrouve avec tout autre chose, ça peut être déroutant voire frustrant.

Aaliz 17/03/2013 13:36



Eh oui c'est ça l'ennui. Surtout que bon ... un petit paragraphe en préambule pour préciser si on est resté fidèle à l'Histoire ou pas ne coûte pas grand chose ...



A-little-bit-dramatic 12/03/2013 21:54

Je te comprends, Aaliz...parfois, les romans historiques prennent vraiment trop de libertés avec l'Histoire établie. Et trop de libertés tuent les libertés. Il ne faut pas exagérer non plus. Alors
oui, d'accord, c'est un roman mais un peu d'exhaustivité, parfois, ça ne fait pas de mal. Après, avec certains auteurs, ça passe bien, comme avec Benzoni, par exemple, dont les romans sont parfois
basés sur des faits totalement faux. Mais il y'a de l'aventure, de la passion, des rebondissements, donc ça passe.

Après, je n'irais pas juger celui-ci, je ne connais rien de ce roman. Et d'ailleurs, j'ai bien envie de le découvrir tout de même. Merci pour cette chronique objective, miss.^^

Aaliz 13/03/2013 18:12



Disons que tout ce que je demande c'est que l'auteur nous prévienne. Benzoni par exemple, je ne sais pas si elle prévient mais je sais, par des avis que j'ai pu lire, qu'elle n'est pas rigoureuse
à ce niveau-là donc si je décide de la lire je sais à quoi m'attendre. Pareil pour Dumas, il prend beaucoup de liberté par rapport à l'Histoire mais le sachant j'en tiens compte lorsque je le
lis. Tandis qu'ici, je m'attendais à quelque chose de plus précis et plus strict, c'est pour ça que je suis déçue.


Mais n'hésite pas à le lire, c'est un très bon roman et tu l'apprécieras certainement plus que moi car tu pars en lectrice avertie.


Merci pour ton passage copine !



Linette (pseudo) 11/03/2013 19:25

Ah ça y est tu l'as lu alors. ^^ C'est vrai que l'on ne sait pas vraiment la vérité quand on lit ce roman mais je suis justement partie du principe que c'était une fiction, comme ça je n'ai pas été
déçue. En tout cas, l'auteur écrit très bien comme tu le fais remarquer. Je vois que tu lis La mécanique du cœur! J'espère qu'il te plaira. J'adore l'univers de ce livre! Bisous!

Aaliz 11/03/2013 21:52



Disons que mon problème c'est que j'adore apprendre des choses à travers les romans et quand j'en vois un qui se dit inspiré d'une histoire vraie, j'ai forcément des attentes. Mais l'auteur est
prometteur et je surveillerai la sortie d'un éventuel 2ème roman.


Pour La mécanique du coeur, je l'ai déjà terminé et j'ai trouvé ça très mignon mais horriblement triste. Mon coeur de midinette n'a pas résisté. Bisous ma Linette !



unchocolatdansmonroman 11/03/2013 17:31

comme pour Marie cela me donne envie de chercher le documentaire de référence afin de connaitre la véritable histoire, puis de lire ce roman. Mais je retiens qu'il convient de le lire comme une
fiction. As-tu parcouru les critiques pour voir si l'auteur répondait à ses lecteurs à ce sujet ? je vais jeter un oeil. Merci pour ton billet ;)

Aaliz 11/03/2013 21:45



Ce que tu proposes de faire est en effet très intéressant. Lire le témoignage puis le roman ensuite est une excellente idée et pourrait être très enrichissant ! Sinon, au vu des autres critiques,
certains lecteurs ne semblent pas avoir remarqué qu'une large part était fictionnelle et ceux qui l'ont remarqué n'ont apparemment pas été gênés. C'est moi qui dois être compliquée
!  Quant à l'auteur, d'après ses interviews, il reconnaît ne pas avoir fait de recherches précises sur le sujet
et s'être contenté de ses propres connaissances. Certaines parties de ses interviews sont incluses dans le 2ème article dont j'ai mis le lien à la fin de mon avis. Mais sinon, je n'ai pas vu de
réponses de l'auteur sur les blogs que j'ai consultés.


Merci pour ton passage Choco ! ( tiens moi au courant si tu trouves des infos  )



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