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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 00:16

sorman.gifJusqu’à la Renaissance, aucune distinction n’était faite entre l’art et l’artisanat telle qu’elle est faite de nos jours. Aujourd’hui, la différence entre les deux nous paraît évidente. Pourtant Joy Sorman réussit dans ce très (trop) court roman à rendre aux métiers de la boucherie leurs lettres de noblesse surtout dans le contexte actuel où la consommation de viande est de plus en plus critiquée.

Bien entendu, si vous êtes un défenseur acharné du végétarisme, il va de soi que ce livre n’est pas pour vous et ne saura vous convaincre de la beauté de la viande et du travail de la viande.

Ceci dit, Pim, notre personnage principal, n’en était pas tout à fait convaincu non plus au départ. Et c’est un peu par hasard qu’il s’oriente lors de ses études vers la filière de la boucherie.

Il se découvre alors une passion, passion que Joy Sorman parvient à retranscrire d’une façon admirable. Une passion qui va d’ailleurs s’amplifiant et qui va mener Pim vers la folie.

 

Dans ce roman, on découvre les coulisses des métiers de la viande, de la ferme d’élevage en passant par l’abattoir, le marché de Rungis et les bancs de l’école de formation. Joy Sorman offre à son lecteur une véritable visite guidée jusque dans les détails et n’embellit rien.

Elle nous livre un texte remarquablement écrit. Le choix des mots, des tournures de phrase sonnent à chaque fois juste, certains passages sont presque poétiques, les descriptions parfois aussi minutieuses et colorées qu’une toile de peintre. Le travail de la viande devient sous sa plume un art à lui tout seul transformant Pim en artiste, ses gestes précis en ballet, les pièces de viande en dégradés de rouge.

Joy Sorman rend un bien bel hommage à ces métiers souvent méprisés et aussi à ces travailleurs des abattoirs à la besogne ingrate mais nécessaire.

De plus l’humour n’est pas absent de ce texte et le panache non plus.

 

Cependant, j’ai trouvé le roman trop court. J’en aurai voulu plus, j’aurais souhaité une histoire plus étoffée, plus fouillée. La fin m’a également déçue, je m’attendais à plus sensationnel. Pourtant c’est original et Joy Sorman évite de tomber dans la facilité. J’imaginais Pim virer psychopathe mais il n’en est rien et Joy Sorman sait ménager ses effets. On ne sait absolument pas jusqu’où la folie de Pim va évoluer, sa personnalité reste assez floue et énigmatique mais j’ai apprécié tout de même ce suspense et cette tension tout au long du récit.

 

En fait, ce récit me rappelle La leçon d’anatomie de Rembrandt, le sujet n’est certes pas très ragoûtant mais c’est du grand art. Et il en est un peu de même pour Comme une bête. Je souligne encore une fois le style de Joy Sorman qui m’a fait penser à celui de Patrick Deville en moins télégraphique.

Bref, j’ai aimé mais j’ai aussi été déçue. Ceci dit, je surveillerai à présent de près cet auteur.

 

Un grand merci à Lise et aux éditions Folio pour cette découverte.

 

 

lecon-anatomie-rembrandt.jpg

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

claudialucia 21/01/2014 15:36

C'est amusant parce que j'ai lu un livre absolument bouleversant sur les abattoirs mais pour en démontrer l'inhumanité pour les bêtes mais aussi pour les hommes. Les conditions de travail
abominables des employés dans un abattoir y sont décrites et dénoncées. Le même sujet si l'on peut dire mais avec une démonstration inverse. Le livre est très bien écrit aussi et je l'avais proposé
en livre voyageur mais personne n'en a voulu! Tu te doutes bien pourquoi, le sujet n'est pas glamour et l'on peut dire qu'il n'est pas attirant à priori! Pourtant c'est un bon roman. 180 jours de
Isabelle Sorrente.

J'ai lu aussi le documentaire Jonathan Safran Foer sur le même sujet mais plus vaste: l'élevage industriel.

Valérie 19/01/2014 12:25

Ils ont trouvé que Joy Sorman allait vraiment au bout de son thème. En fait, ils ont perçu ce roman comme un exercice de style très réussi.

Aaliz 29/01/2014 16:11



C'est un angle intéressant, c'est vrai qu'au niveau du style, ce roman est une pépite. Ils ont bon goût tes élèves 



jerome 19/01/2014 09:07

Même si c'est du grand art, j'avoue que le coté peu ragoutant me freine un peu. Maintenant du Patrick Deville moins télégraphique, c'est très tentant.

Aaliz 19/01/2014 09:53



C'est sûr que la boucherie est un sujet pas très attirant mais l'auteur en fait quelquechose d'intéressant. Et il faut le reconnaître, ce livre vaut la peine d'être lu surtout pour son style plus
que pour l'intrigue. En plus tu aimes les romans très courts, celui-ci fait moins de 200 pages, je l'avais lu en 2-3 heures. Tu peux toujours essayer, qui sait ?



Jeanmi 19/01/2014 07:39

Il suffit d'avoir vu une seule fois dans sa vie une autopsie pour ne plus jamais en avoir envie...

Aaliz 19/01/2014 09:50



Et pourtant certains en font leur métier et heureusement que ces gens-là existent. C'est un peu comme pour les employés des abattoirs.



Valérie 18/01/2014 10:50

Il était dans la sélection du Goncourt l'an dernier et je l'avais donc lu avec mes élèves. C'est le roman qui a suscité le plus de discussions, d'ailleurs il avait été classé en deuxième place par
ma classe et par l'ensemble des lycéens.

Aaliz 19/01/2014 09:48



Mais c'est qu'ils ont du goût tes élèves ! Pourtant on aurait pu penser que le sujet les rebuterait, ils en ont dit quoi ?



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