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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 20:07

DSC01828.JPGDifficile de trouver son identité lorsqu’on est écartelé entre deux cultures. On connaît dans notre société actuelle les difficultés identitaires des jeunes issus de l’immigration considérés comme étrangers sur leur propre sol natal, et considérés comme français dans le pays d’origine de leurs parents. Comment trouver sa place dans un tel cas de figure ? Alors que pourtant la double culture devrait être une force et une richesse, elle devient finalement un handicap et un motif de rejet.

 

Dans ce roman d’Assia Djebar, son dernier jusqu’à maintenant, l’auteur nous retrace ses souvenirs. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie mais plutôt d’une somme de moments qui ont marqué son enfance et son adolescence. Roman très intimiste donc dans lequel j’ai cru voir le pendant algérien du problème identitaire de cette génération dont j’ai parlé en introduction.

Nous sommes sous l’Algérie coloniale, peu avant la guerre. Fatima ( véritable prénom de l’auteur) est fille d’instituteur. A ce titre, elle est en rapport étroit avec la population européenne. Elle fréquente l’école des maîtres français, joue avec les enfants des colons. A la maison, on parle essentiellement la langue française. Malgré ça, l’empreinte de la tradition s’exprime à travers sa famille, les femmes voilées qu’elle croise dans la rue et au hammam, sa mère qui porte le haik ce grand voile blanc dont se couvraient les algériennes de l’époque. Mais c’est surtout le caractère rigoriste de son père qui la marquera le plus et un événement en particulier. Alors qu’elle essayait, en compagnie d’un petit garçon européen, d’apprendre à faire du vélo, son père la surprend et la fait rentrer sur le champ. Il lui reproche alors sévèrement d’avoir montré ses cuisses. Fatima n’avait que 6 ans …

 

A partir de cet instant, l’insouciance d’une petite fille fait place à la crainte et à l’incompréhension. Pourtant le père de Fatima n’est pas si strict et traditionnel que ça. Elle peut sortir sans le voile, elle peut porter des jupes. Elle peut se rendre à son internat sans chaperon. En revanche, pas question de se vêtir d’une robe laissant les épaules et le dos dénudés. Fatima ne comprend pas pourquoi ces françaises peuvent ainsi se promener en toute liberté, sans surveillance et en tenue légère et que les algériennes soient, elles, emprisonnées dans leurs voiles et dans leurs maisons. Pourquoi les algériens respectent ces mêmes françaises mais insultent l’algérienne qui ose se tenir comme elles ?

Fatima ne supporte pas cette injustice. Petit à petit, elle transgresse, fréquente des garçons en cachette, la crainte dans le cœur («  Si mon père le sait, je me tue »), une crainte telle qu’elle va jusqu’à commettre un acte désespéré.

 

Cette contradiction entre deux cultures, entre deux statuts de la femme, va marquer durablement Assia Djebar et imprègnera toute son œuvre.

 

J’ai beaucoup apprécié cette lecture.

- Par cette image qu’elle donne de la vie quotidienne sous l’Algérie coloniale du point de vue d’une petite fille puis d’une ado, bref à un âge où on se construit, où ce qui nous entoure forge notre personnalité.

- Par le style très travaillé de l’auteur. Un style plein de mouvement et de rythme, tout en variations tantôt lent tantôt puissant. Un style qui joue aussi avec les sonorités. J’ai vraiment été charmée par la plume d’Assia Djebar.

 

Roman catharsis, roman thérapie, Nulle part dans la maison de mon père est le témoignage d’une enfance passée dans la contradiction et l’affrontement entre deux tendances qui s’opposent et se déchirent. Ce roman est aussi l’expression d’un mal être, d’un étouffement dont les responsables sont des hommes, le père d’abord, figure omniprésente, puis le futur mari. On sent leur ombre planer tout au long de la lecture à l’image de cette société patriarcale qui laisse si peu de place à la femme. Un roman qui éclaire l’œuvre de l’auteur et sa prise de position dans le combat des femmes pour l’égalité. C’était d’ailleurs ce fait qui m’avait tenue à l’écart des romans d’Assia Djebar mais cette lecture m’aura fait comprendre l’origine de ces idées.

 

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commentaires

Patricia 18/08/2013 13:53

Je ne sais pas si les polars qui parlent de l'Arabie Saoudite t'intéressent. Dans ce cas je te recommande Les mystères de Djedah, de Zoé Ferraris en 10 18. Il est excellent, ce n'est pas tant un
polar qu'un livre sur la condition féminine dans ce pays. Il a été écrit par une auteure palestinienne qui vit aux USA. Si tu veux en savoir plus il est aussi sur mon blog. Ou sur les Chroniques de
l'Imaginaire

Aaliz 21/08/2013 09:06



Ah mais si ! ça m'intéresse aussi ! Merci beaucoup !



Patricia 18/08/2013 01:37

Merci de ta visite chez moi.
Tu me diras si tu as aimé ce polar iranien quand tu l'auras lu.

Aaliz 18/08/2013 12:53



Pas de souci, je te tiens au courant 



Alison Mossharty 17/08/2013 15:29

J'ai lu aussi cette semaine un livre qui ressemble beaucoup au tien "Regard Persan" mais c'est une femme iranienne exilée qui parlait de sa propre expérience. En tout cas ta chronique est très bien
faite et donne vraiment envie de découvrir ce livre !

Aaliz 18/08/2013 12:52



Merci Alison !


Tu m'intrigues avec le livre dont tu parles, surtout que je fais une fixette sur l'Iran ces derniers temps ...



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