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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 16:09

buko-2.jpgEncore Bukowski ? Eh oui, il faut croire que j’ai eu un coup de foudre littéraire.

Je poursuis donc ma découverte de cet incroyable auteur avec Souvenirs d’un pas grand-chose, roman autobiographique retraçant l’enfance et l’adolescence de Charles Bukowski alias Henry Chinaski.

Ce que j’avais soupçonné dans Journal d’un vieux dégueulasse se confirme donc ici. C’est un récit très touchant que nous confie Bukowski, beaucoup plus soft, les âmes sensibles peuvent se rassurer : point d’attentat aux bonnes mœurs cette fois-ci (ou alors juste un peu). Ce roman explique et donne sens à quelques-unes des nouvelles du Journal d’un vieux dégueulasse qui n’en prennent qu’une dimension encore plus forte.

 

Récit touchant donc et même bouleversant, on y comprend comment l’auteur s’est forgé sa personnalité et son caractère.

Il nous dévoile sa découverte de l’alcool et du sexe, initiée par des défis de gamin et des interrogations de petit garçon tout à fait classiques et porte un regard critique sur la société, d’abord restreinte à sa famille et son environnement scolaire puis élargie de façon progressive et plus globale lorsqu’il entre dans l’adolescence puis la vie active.

 

L’apprentissage de la dureté de la vie, le petit Henry l’a commencé très tôt. Et il se rend bien compte que l’injustice fait partie régnante de cette société dans laquelle il vit. Ne recevant rien d’autrui, il n’accepte plus qu’on exige quoique ce soit de lui. Il trouve peu à peu dans l’alcool réconfort et oubli de cette existence qui le déçoit tant. Existence quasiment toute tracée pour tout le monde, le même schéma classique famille-travail dont la plus horrible des représentations est incarnée par son père, modèle à ne pas suivre.

On assiste aussi à la genèse d’un écrivain : ses premiers contacts avec l’écriture et la lecture, les ouvrages qui l’ont marqué ( et que je vais m’empresser de lire à mon tour)…

 

Bref, Souvenirs d’un pas grand-chose est un texte très émouvant, parfois dur et parfois bourré d’humour. Certains passages sont à mourir de rire ( comme lorsqu’un camarade lui explique comment se font les bébés ou encore lorsque sa grand-mère tente de le soigner de son acné), d’autres suscitent la colère ou encore la tristesse. Parmi les meilleurs sont ceux où Bukowski parle vrai, nous jette au visage ce qu’il pense vraiment du système, un système absurde que tout le monde semble suivre aveuglément et dont il cherche à s’échapper.

C’est le roman d’une demi-vie ( car la suite est narrée dans Factotum) désabusée avec tout ce que cela peut comporter. On voit Bukowski sous un autre jour et il n’en devient que plus attachant encore.

 

« C'était dur à croire. La récré une fois finie, j'allai m'asseoir en classe et je réfléchis à tout ça. Ainsi donc, ma mère, elle avait un trou et mon père une bite qui crachait du jus. Mais comment pouvaient-ils avoir des trucs pareils et continuer à se balader comme si tout était normal ? On parle de choses et d'autres, on fait ça et on n'en dit rien à personne ? J'eus vraiment envie de dégueuler lorsque je songeai que c'était le jus de mon père qui m'avait fait démarrer. »

 

« La route que j'avais devant moi, j'aurais presque pu la voir. J'étais pauvre et j'allais le rester. L'argent, je n'en avais pas particulièrement envie. Je ne savais pas ce que je voulais. Si, je le savais. Je voulais trouver un endroit où me cacher, un endroit où il n'était pas obligatoire de faire quoi que ce soit. L'idée d'être quelque chose m'atterrait. Pire, elle me donnait envie de vomir. Devenir avocat, conseiller, ingénieur ou quelque chose d'approchant me semblait impossible. Se marier, avoir des enfants, se faire coincer dans une structure familiale, aller au boulot tous les jours et en revenir, non. Tout cela était impossible. Faire des trucs, des trucs simples, prendre part à un pique-nique en famille, être là pour la Noël, pour la Fête nationale, pour la Fête des Mères, pour... les gens ne naissaient-ils donc que pour supporter ce genre de choses et puis mourir ?»

 

 


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commentaires

Arnaud Gérard 16/07/2014 16:57

C'est parfait! (Cette chronique, je veux dire).
Quant à l'émission de Pivot (elle est sur YouTube), il ne s'y est strictement rien passé: Bukowski est parti avant la fin, c'est tout. Il a vexé Pivot et froissé les conformistes mais il n'y avait
vraiment pas de quoi en faire des histoires... Pour moi on a vendu une image de Bukowski (avec sa bouteille de vin) qui dispensait les flemmards de lire ses livres...

Aaliz 26/07/2014 00:14



Merci Arnaud pour le compliment. C'est vrai qu'ils ont collé à Buk cette image de gros dégoûtant porté sur le sexe et la boisson sans le laisser exprimer vraiment sa vision de la vie et du monde.
Mais j'ai remarqué que c'est le lot de tous ceux qui ne veulent pas se plier au mode de vie "dominant", on les ridiculise ou les diabolise pour que les gens ne les écoute pas. Triste société ...



Lilly 26/07/2013 12:21

J'ai lu et aimé un de ses livres il y a quelques années, et je m'étais promis de le relire rapidement...
Celui-ci est celui qui me tente le plus. En tout cas, on ne t'arrête plus !

Aaliz 31/07/2013 13:47



Hihi oui j'ai fait ma petite crise de boulimie mais ça va c'est passé !^^


Tu as raison de vouloir commencer par Souvenirs d'un pas grand-chose, je pense que c'est l'idéal pour découvrir Bukowski.



Alex-Mot-à-Mots 17/07/2013 17:23

Un nom qui me ramène à mes années de fac.

Aaliz 19/07/2013 11:26



J'ai tardé à le découvrir mais c'est pas plus mal, je crois que je n'aurais pas eu la maturité nécessaire pour l'apprécier avant ( ne serait-ce que pour le côté vulgaire)



Jeanmi 15/07/2013 19:50

Je me souviens de son passage chez pivot, il y a .... Un grand moment de télévision !

Aaliz 16/07/2013 17:59



Ce genre d'émissions l'ennuyaient à mourir, il ne voulait pas y aller d'ailleurs. N'empêche que ça aura contribué à le faire connaître en France.



jerome 10/07/2013 19:47

Bukowski est mon Dieu, tout simplement. Sans lui je ne serais jamais devenu le lecteur que je suis aujourd'hui. Autant le personnage me répugne et était détestable autant son écriture, son humour
(un aspect très important), son sens du dialogue, cette forme d'autodérision très particulière qu'il met souvent en scène m'ont toujours totalement emballé. Tout le monde s'arrête à l'émission de
Pivot pour le cataloguer mais il était tellement plus que ça. C'est un écrivain qui me parle comme aucun autre n'a su le faire et je suis plus que ravi de constater que tes premiers pas avec son
oeuvre se passent si bien ;)

Aaliz 14/07/2013 15:12



Je me souviens que tu me l'avais conseillé lors de ma critique sur "Bienvenue à Oakland" de Williamson. Et c'est par toi que j'ai donc entendu parler pour la première fois de Bukowski et je t'en
remercie.


Tout comme toi, je crois bien avoir enfin trouvé mon auteur fétiche et pour expliquer pourquoi, je me contenterai de le citer :


"Tourgueniev
était un mec très sérieux mais qui arrivait à me faire rire parce qu'une vérité sur laquelle on tombe pour la première fois, c'est souvent très amusant. Quand en plus la vérité du monsieur est la
même que la vôtre et qu'il vous donne l'impression d'être en train de la dire à votre place, ça devient génial."


 


Je viens de terminer "Pulp", c'est bien déjanté, j'ai beaucoup aimé ! Je crois bien que je suis partie pour tout lire de lui( sauf peut-être "Women" qui me tente beaucoup moins que les autres
...^^)


 



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