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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 11:10

Rufin_le_grand_coeur.jpgJ’ai beau avoir fait des études d’histoire, je ne vous cache pas que j’ai encore de grossières lacunes sur quelques points de l’histoire de notre beau pays, quelques zones troubles que je n’ai pas toujours le courage ni la motivation d’éclaircir. Alors quand je tombe sur un roman historique qui se charge de faire une bonne partie du travail pour moi, je saisis l’occasion. Et quand le dit roman est en plus un excellent roman alors je me régale.

 

Je n’avais encore rien lu de Jean-Christophe Rufin. Le personnage dont il a choisi de faire le sujet de son roman était pour moi assez flou. Je savais que Jacques Cœur avait été un grand marchand de la fin du Moyen-Age et qu’il s’était considérablement enrichi mais mes connaissances s’arrêtaient là.

 

Jean-Christophe Rufin a su faire de cette biographie romancée une œuvre très documentée qui nous renseigne non seulement sur son sujet principal mais sur toute une période.

Jacques Cœur a vécu sous le règne de Charles VII, nous sommes donc à la fin de la guerre de Cent ans. Le monde féodal, celui des grands princes, des seigneuries, de la chevalerie s’efface pour laisser place aux prémisses du monde moderne et de la Renaissance. Le personnage de Jacques Cœur illustre parfaitement cette transition entre ces deux grandes périodes. Il incarne l’homme nouveau, le bourgeois qui peut s’élever jusqu’aux plus hautes sphères de la société et même du pouvoir par sa seule valeur, sa seule intelligence, son seul travail et non plus grâce à sa naissance et la renommée de sa famille. Il voyage beaucoup et ouvre la France sur le monde grâce au réseau constitué par son entreprise commerciale. C’est de ses voyages qu’il rapporte son goût pour les arts et qu’il introduit la pratique du mécénat. Le palais qu’il fait édifier à Bourges représente parfaitement la liaison architecturale entre Moyen-Age et Renaissance.

 

 

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        54_palais_jacques_coeur.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

        

             Palais de Bourges façade Renaissance                         Palais de Bourges façade médiévale    

 

 

De même, Charles VII annonce ce que sera le roi moderne, entouré de conseillés choisis pour leurs compétences, et de favorites officielles comme le sera Agnès Sorel.

 

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Agnès Sorel par Jean Fouquet

 

Jean-Christophe Rufin a choisi de présenter son roman sous la forme des Mémoires de Jacques Cœur. Le texte est donc rédigé à la première personne et alterne entre les instants auxquels Jacques écrit et ses souvenirs.

 

« Je pensais à l’Hadrien des « Mémoires » et je commençai à prendre des notes en vue d’une œuvre de la même inspiration que celle de Marguerite Yourcenar, sans prétendre égaler son génie. »

 

L’auteur précise bien dans une postface qu’il a rigoureusement respecté les évènements de la vie de Jacques Cœur se contentant de romancer la vie privée et intime de Jacques, ses pensées, ses amours …

Le contexte politique, économique, diplomatique est scrupuleusement respecté et comme je l’ai dit très bien décrit et analysé. L’auteur montre bien la place périlleuse de Jacques coincé entre la politique et le commerce, l’un n’étant pas toujours en faveur de l’autre. Mais Jacques a fait les choix nécessaires pour redresser le pays, en faire un royaume riche et unifié, doté d’une armée de métier moderne. Il a consacré sa vie à cette tâche oubliant de vivre pour lui-même.

 

« Les rêves de jadis avaient porté tant de fruits qu’ils étaient désormais ensevelis sous un quotidien étouffant de papiers et d’audiences. Ce que d’autres enviaient comme un succès était pour moi une servitude. »

 

«  J’étais un homme de confiance du roi, je contrôlais un immense réseau d’affaires. Et pourtant, je ne cessais d’espérer qu’un jour on me rendrait à moi-même. »

 

Le lecteur pourrait craindre une lecture monotone mais il n’en est rien. Sentiments, intrigues, suspense, la vie de Jacques a été assez riche et « romanesque » pour que le lecteur dévore ce livre avec avidité.

Je suis sortie de cette lecture très heureuse d’en avoir appris autant surtout lorsque les connaissances passent par une écriture aussi fine, précise et un ton aussi juste qui nous rendent le Grand Cœur attachant et admirable.

Moi qui en plus adore les histoires d’ascension sociale, j’ai été gâtée. Le personnage se prête bien à toute une réflexion sur le pouvoir et la réussite sociale. La conclusion est, comme bien souvent, toujours la même : le pouvoir exige des sacrifices et en premier lieu exige de sacrifier sa liberté.

 

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Charles VII par Jean Fouquet

 

Jacques Cœur a donc eu un rôle bien plus grand et important que celui qu’on lui laisse dans les manuels scolaires. Jean-Christophe Rufin a voulu effacer la fausse image d’un intrigant parvenu et « dresser un tombeau romanesque » à celui qui a su réaliser ses rêves. Et il y est brillamment parvenu.

 

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Maison natale de Jacques Coeur à Bourges

 

Un grand merci à Stellade pour cette LC.

L'avis de Stellade et celui de Licorne.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 22:28

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Yeah ! Il y avait longtemps que je n’avais pas fait de folies , je suis fière de moi. Du coup, je me suis un peu lâchée hier mais je le mérite bien.

 

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Au revoir là-haut de Pierre Lemaître

J’avais déjà envie de le lire après avoir vu le passage de Pierre Lemaître dans La Grande Librairie. Le sujet me plaît et maintenant qu’il est prix Goncourt, c’est une raison de plus pour craquer. Argument supplémentaire s’il en est besoin : je pense qu’il plairait beaucoup à mon papa.

 

 

 

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Dites-leur que je suis un homme d’Ernest J. Gaines

Celui-là c’est la faute à jerome ! Et si vous ne me croyez pas, allez donc lire son billet et on en reparle après.

 

 

 

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Le rêve du celte de Mario Vargas Llosa

Découvert au hasard de mes flâneries sur amazon ou babelio je ne sais plus. Je pense que c’est le genre d’auteur et d’écrits qui ne peuvent que me plaire. D’ailleurs quasiment tous les titres de cet auteur m’ont tapé dans l’œil et sont dans ma wish-list. J’ai choisi celui-ci pour commencer, je ne sais pas si j’ai bien fait. On verra bien.

 

 

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La vie de Marianne de Marivaux

Il était dans mon panier amazon depuis un bon moment et a réussi à échapper à mes épurations périodiques. Je ne me souviens plus comment je l’ai repéré mais en tout cas je voulais absolument le lire.

 

 

 

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Croisade sans croix d’Arthur Koestler

Troisième volet de la trilogie comportant Le zéro et l’infini et Spartacus que j’ai déjà lus. Il paraît que celui-ci est plus mauvais que les autres. Mais bon … à 50 cents chez Boulinier, le risque n’est pas énorme.

 

 

 

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Peste de Chuck Palahniuk

Je cherchais Damned en fait mais il n’est pas encore traduit en français ( et mon anglais is sooooooo bad …). Le résumé de celui-ci me plaisait bien et je voulais absolument lire enfin un Palahniuk ( autre que Fight Club que j’ai déjà vu en film plusieurs fois).

 

 

 

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Un bébé pour Rosemary d’Ira Levin

Je veux le lire depuis que j’ai découvert Ira Levin avec Un bonheur insoutenable ( que je n’ai jamais chroniqué). J’ai lu beaucoup d’avis positifs à son sujet et le résumé est alléchant.

 

 

 

 

 

Voilà. Je ne vous cache pas qu'il y a encore plein de livres que je souhaite acquérir mais j'attends désespérément leur sortie en poche.

J'ai beau me forcer à aller à la bibliothèque, quand un livre m'a tapé dans l'oeil, ça me fait mal de le rendre ( ça a été le cas dernièrement avec Où j'ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari ).

Dure, dure la vie de lectrice ...

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 12:41

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Lors du dernier tag, le Versatile Blogger Award, j'avais répondu à jerome mais pas à Vivelaroseetlelilas et je m'en suis beaucoup voulue. Mais Vivelaroseetlelilas est une bloggeuse trop choupinette et pas rancunière, elle m'a donc donné une seconde chance avec ce Liebster Award qui s'adresse aux blogs qui ont moins de 200 abonnés sur Hellocoton. Et avec mon total de 53 abonnés, autant dire que je suis une candidate toute indiquée !

 

Le principe du Liebster Award est assez simple ( même si je me suis cassée un peu la tête pour la première partie...) :

 

- Ecrire 11 choses sur soi

- Répondre aux 11 questions de la personne qui vous a nommé

- On tague 11 autres personnes et on leur pose 11 autres questions

- On n'oublie pas de mettre le lien vers leur blog

- Et enfin on les informe

 

 

1ère étape : écrire 11 choses sur soi

 

1 . Je déteste le cirque. Le peu de fois où j’y suis allée étant gamine, je me suis ennuyée et en plus ça puait atrocement. Et je suis farouchement contre le dressage d’animaux sauvages. Et les clowns ne sont même pas drôles.

 

2 . La dernière fois, je vous avais déjà avoué que je dormais avec une peluche. En dehors des livres, je suis aussi une grande fan de peluches. Je suis d’ailleurs très contente de ma petite dernière, un superbe nounours tout doux et tout moelleux de 60 cm.

 

3 . Je n’aime pas quand Noël approche car qui dit Noël dit casse-tête des cadeaux en perspective. D’ailleurs, si vous avez des idées …

 

4 . Dans le dernier tag, je disais que je voulais m’abonner à un magazine littéraire. Eh bien finalement, je n’en ai plus envie.

 

5 . Je dois effectuer mon prochain achat France Loisirs et je pense jeter mon dévolu sur la saison 1 de Serum. Des objections ?

 

6 . En fait, je songe carrément à résilier mon abonnement France Loisirs, leur catalogue est de plus en plus lamentable.

 

7 . Je suis fan d’Al Pacino. C’est vraiment un acteur grandiose.

 

8 . En ce moment, je revisionne intégralement la série Spin City. Stuart me fait mourir de rire.

 

9 . Il paraît que tout le monde a un don ou un talent pour quelque chose. Le mien est drôlement bien caché, je le cherche encore.

 

10 . Je suis secrètement amoureuse de Robert Downey Jr. Ne le dites pas à mon mari, il croit que je suis secrètement amoureuse d’Al Pacino.

 

11 . Si j’avais été un homme, j’aurais voulu être pompier. C’est le métier que j’admire le plus, j’ai énormément de respect pour les soldats du feu.

 

 

2ème étape : répondre aux 11 questions

 

1- Cadre ou Scotch ?

 

Plutôt cadre.


2- Parfum ou Eau de Cologne ?

 

Ni l’un ni l’autre, ça me donne la migraine.


3- Un magazine, journal, fanzine auquel tu es addict ?

 

Addict pas vraiment mais j’essaie de lire régulièrement L’Histoire.


4- Festival de Cannes : tu aimes, tu t’en fiches, dis-nous tout.

 

Je m’en tamponne le coquillard à un point qu’on ne peut pas imaginer. Tout ce qui est people, bling-bling et compagnie me fait horreur.


5- Une anecdote drôle sur ton blog ?

 

Un jour, un mot-clé m’a bien fait rire : la personne cherchait  «  Du côté de chez Suzanne » …


6- Une anecdote pas drôle sur ton blog ?

 

Autant il peut y avoir des mots-clés rigolos, autant certains peuvent être franchement malsains.


7- Pas de chance, tu te réincarnes en insecte. Lequel ?

 

En coccinelle ! J’adore les coccinelles même si elles sont apparemment de redoutables prédateurs à leur échelle.


8- Pourquoi n’y a-t-il pas de «livres dont vous êtes le héros» pour les adultes ?

 

Figure-toi que je me pose aussi la question. J’adorais ce genre de bouquins quand j’étais gamine. Mais comme pour beaucoup de choses, lorsqu’on est adulte, on est apparemment tenu de ne lire et faire que des choses sérieuses. Quelle tristesse !


9- Pour quelle série limitée as-tu fait un effort (physique, financier…) récemment ? Moi j’ai entassé des Coca Marc Jacobs dans mon sac à main, par exemple.

 

Aucune, c’est pas du tout mon truc.


10- Les blogueurs ont-ils le temps de faire du sport ?

 

Le temps oui, la volonté non !


11- Bonus. Grâce à moi, transgression, pas de onzième question. Tu peux choisir de conclure comme tu veux.

 

Je remercie beaucoup Vivelaroseetlelilas pour sa mansuétude et pour avoir de nouveau pensé à moi.

 

 

Et pour la suite, je vais faire ma faignante. Le tag ayant déjà beaucoup tourné, je laisse à ceux et celles qui le souhaitent reprendre ce tag à leur guise. Quant aux 11 nouvelles questions que je suis censée proposer, je vais là aussi être faignante et juste demander d'écrire 11 informations sur vos goûts et habitudes littéraires. Ce n'est pas très original et probablement redondant mais tant pis !

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 10:49

linvention_de_nos_vies.jpgNous évoluons dans une société de plus en plus individualiste et matérialiste. Les maîtres mots sont réussite et performance. Pour beaucoup, il s’agit surtout de réussir socialement, se faire une place, une situation. Avoir un bon emploi et un bon salaire. Avoir une belle voiture, une belle maison, les gadgets électroniques dernier cri. Avoir un conjoint, de beaux enfants dont on exige de beaux bulletins scolaires. Et surtout, on aime particulièrement obtenir l’estime et le respect des autres voire même susciter l’envie.

Nous pensons à tort que le bonheur ne s’acquiert que par cette réussite sociale. Partout, à l’école, parmi nos amis et notre famille, tout concourt à nous donner l’obsession de la réussite. Cette pression est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur notre orgueil et notre vanité.

 

Dans L’invention de nos vies, Karine Tuil dénonce cette pression permanente et les possibles dérives d’un système qui pousse à la compétition, au formatage et au déni de soi. Elle aborde le sujet sous divers aspects à travers plusieurs personnages aux parcours très différents.

 

Samir Tahar est issu de l’immigration, il est musulman et son horizon se limite aux cités mal famées. C’est pourtant un brillant étudiant qui a obtenu d’excellents diplômes. Malheureusement ses recherches d’emploi restent vaines. Jusqu’au jour où il postule en ayant modifié son prénom. Le recruteur le prend alors pour un membre de la communauté juive. Samir ne relève pas le malentendu. Pour crédibiliser son appartenance à la religion juive, il s’invente une nouvelle vie. Toute sa carrière, sa vie privée reposeront alors sur une vaste mystification.

Samuel Baron est issu de la bourgeoisie juive. Tout va bien pour lui jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il a été adopté. Il s’éloigne de ses parents, rencontre Nina dont il est fou amoureux puis Samir avec lequel il se lie d’amitié. Samuel semble avoir un destin tout tracé par ses origines aisées, il rêve de devenir un grand écrivain mais la perte de ses parents et la trahison de Nina l’entraînent au fond du gouffre.

Nina est une jeune femme libre et indépendante. Toute sa vie est basée sur ce qui semble être son unique atout : sa beauté. Elle sera la pomme de discorde entre Samir et Samuel faisant alors éclater le trio d’amis.

 

Autour de ces trois figures centrales du roman gravitent d’autres personnages secondaires et des figurants. Tous participent à la réflexion proposée par l’auteur.

 

Les femmes, représentées essentiellement par Nina, la mère et la femme de Samir sont toutes esclaves de quelque chose :

- Nina de sa beauté,

- la mère de Samir des hommes en se dévouant toute sa vie à répondre aux moindres désirs de son mari, puis de son amant et enfin de ses enfants,

- Ruth de la fortune familiale et de l’honneur , elle a vécu enfermée dans sa bulle, ultra-protégée par son richissime paternel et par sa communauté.

 

Samir et François, son demi-frère, ont tous les deux répondu à leur façon à la même rage et au même désespoir. Ils se sont sentis inférieurs et donc méprisés du fait de leurs origines ethniques, religieuses et sociales. Samir a choisi de mentir sur son identité, François trouvera une autre voie. Mais chaque chemin aura la même issue.

 

Chaque personnage rencontré fait aussi l’objet d’une note de bas de page en rapport avec ce qu’il rêvait de devenir.

 

L’invention de nos vies est un roman admirablement bien construit et bien pensé. Le style de Karine Tuil est puissant, percutant, on ressent la colère de ses personnages. Les successions d’énumération donne un effet de mitraillage ( de balles ou flashs des paparazzis …). Le lecteur est sous le feu, est happé dans cette histoire et n’en ressort plus. Les pages défilent à toute vitesse, on est avide de savoir ce qu’il advient de Samir l’arriviste, Samuel le paumé, Nina la légère.

A travers le personnage de Samuel, Karine Tuil s’interroge aussi sur le sens et l’objectif de la littérature, sur ce qu’est un écrivain.

 

J’avais très peur au début que tout le roman tourne autour du triangle amoureux formé par Samir, Samuel et Nina mais Karine Tuil nous emmène bien au-delà. Elle brosse un tableau féroce mais assez réaliste de notre société variant les genres et les protagonistes. Ce roman s’adresse à tout le monde, toutes les classes sociales, toutes les confessions religieuses. Karine Tuil illustre parfaitement bien les sentiments de chaque groupe, sentiment de déconsidération, d’injustice, de crainte. Elle montre combien la France échoue à faire vivre ensemble de façon harmonieuse l’ensemble de sa population.

 

A travers Pierre Lévy, mon personnage préféré, Karine Tuil se fait la voix de la raison, de l’espoir et de l’optimisme. Elle nous invite à briser nos chaînes, à prendre du recul par rapport à ce que la société exige de nous, à lui porter un regard différent, à ne pas s’enfermer dans des schémas de pensée que l’on s’imagine immuables.

En même temps, elle s’interroge sur ce qui fait notre identité, l’importance de connaître ses origines, sa famille, le besoin de se sentir accepté, de faire partie d’une communauté et d’y avoir sa place.

 

Le seul reproche qu’on pourrait lui faire c’est d’avoir choisi des cas extrêmes tombant ainsi dans le cliché et la généralisation. Toutes les cités ne sont pas des coupe-gorges et des repères de trafiquants, on ressent trop le clivage musulmans pauvres d’un côté, juifs aisés de l’autre. La réalité est bien plus contrastée. Cependant, il faut reconnaître que son choix se prête bien à la démonstration puisqu’il correspond à l’image que se font la plupart des gens de notre société et à celle que véhiculent les médias.

 

Bref, c’est un roman très riche, une belle réussite. elle m’aura régalée avec ce roman digne des grands romans sociaux américains. Il s’en dégage beaucoup de puissance avec des thèmes très travaillés et qui m’intéressent particulièrement.

Bref, j’ai adoré et je pense sincèrement que Karine Tuil aurait mérité, elle aussi, le prix Goncourt. En tout cas, je vous en conseille fortement la lecture.

 

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:19

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On suit Amir, fils d’un homme d’affaires aisé de Kaboul. Amir est assez introverti, son principal compagnon de jeu est Hassan, le fils du domestique. Mais Hassan est issu du peuple hazara haï par les pachtounes qui ont tout fait pour purger le pays de cette ethnie. Du fait de sa condition, Hassan est analphabète et Amir profite de sa position de force dans ses rapports avec le petit garçon. Il faut dire que le père d’Amir semble éprouver plus d’affection pour Hassan que pour son propre fils. Afin d’obtenir l’estime et l’amour de son père, Amir va jusqu’à commettre un acte honteux qui le hantera toute sa vie jusqu’à ce que, une fois adulte et exilé en Amérique, l’occasion lui soit donnée de se racheter. Amir retourne en Afghanistan et constate l’effroyable métamorphose qu’a subie son pays d’origine à présent sous la coupe des talibans.

 

Quel magnifique roman ! Certes, le style est assez simple mais l’histoire qu’il raconte est tellement émouvante que j’en ai pleuré. Il retrace particulièrement bien l’histoire contemporaine de l’Afghanistan et offre le point de vue d’un afghan ayant vécu les évènements. C’est particulièrement intéressant et bouleversant.

 

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Kaboul en 1970

 

C’est aussi un joli conte avec pour thème principal le rachat de ses fautes mais aussi la culpabilité et les rapports père-fils.

J’avais très peur au début d’avoir affaire à un énième pamphlet anti-islam mais pas du tout. L’auteur a su rester objectif et a su traiter de la progressive évolution de Amir sur le chemin de la Foi sans écarter d’autres points de vue comme l’illustre la figure du père de Amir. Il a également montré que les talibans n’étaient que des hypocrites qui, sous couvert de l’islam, ne recherchaient que le pouvoir.

On apprend donc beaucoup sur l’Afghanistan, comment les évènements tragiques que ce pays a connu ont été vécus, mais aussi sur les mœurs et les traditions des afghans.

 

J’ai aussi visionné l’adaptation ciné et je me suis alors rendue compte à quel point Khaled Hosseini avait bien construit ses personnages et son intrigue. En utilisant la première personne du singulier, il nous fait partager les pensées de Amir. Et c’est ce qui fait cruellement défaut au film, on a souvent l’impression de passer du coq à l’âne et qu’il manque des informations  en particulier au sujet des relations entre Amir et Hassan et entre Amir et son père.

 

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L’évolution de la psychologie des personnages est bien plus visible et détaillée dans le livre. C’est un roman très bien maîtrisé de bout en bout, une petite merveille.

Je suis donc enchantée par ma lecture et je prévois très bientôt de lire Mille soleils splendides qu’on m’a beaucoup vanté.

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 13:43

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Le voilà enfin ce récit d’Echenoz que je voulais tant lire il y a quelques temps, j’avais du me rabattre sur Ravel, Des éclairs étant indisponible à la bibliothèque.

J’ai été très contente de retrouver la plume pleine d’humour de Jean Echenoz. Il retrace ici la vie de ce génial inventeur qu’était Nicolas Tesla. Un bien bel hommage pour cet homme encore trop méconnu et surtout décrié. Alors ? Inventeur de génie ou simple savant fou ? Jean Echenoz ne tranche pas, il expose en toute objectivité ( sauf pour les pigeons …) les différents aspects de la vie et de la personnalité de Tesla. Difficile de se faire une opinion arrêtée sur ce personnage ambigu mais si intéressant.

On y retrouve l’essentiel de la vie de Tesla : ses débuts avec Edison, la compétition les opposant sur le courant continu et alternatif, l’origine de l’invention de la chaise électrique, la célébrité de Tesla, les controverses sur certaines de ses idées et inventions, le fait qu’il s’est fait voler bon nombre de ses projets. Jean Echenoz met ainsi en lumière sa principale caractéristique : Tesla avait des tas d’intuitions mais qu’il n’a jamais exploitées jusqu’au bout ni concrétisées ( ce que d’autres feront à sa place s’appropriant tout le mérite). On assiste ensuite à sa graduelle déconsidération, il n’est plus pris au sérieux et perd peu à peu la confiance de tous. Il finit ses jours dans la misère.

Je sais que Des éclairs fait partie avec Ravel d’une trilogie et je me demandais si Jean Echenoz avait fait exprès de choisir des personnalités quasi-similaires car Ravel et Tesla avaient apparemment bien des points communs : introvertis voire asociaux et surtout complètement maniaques.

Toujours est-il que j’ai adoré cette lecture. Jean Echenoz a tout à fait la plume qu’il convient pour traiter de ce genre de sujet.

 

 

 

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 10:32

moon-palace.jpg4ème de couverture :

 

Marco Stanley Fogg : le nom même de son héros place ce roman sous le signe de l'exploration et du voyage. Et c'est bien une odyssée qui nous est offerte, dans la tradition des Mille et Une Nuits comme du grand  roman américain ; un parcours fertile en paysages fantastiques, personnages hors du commun, tribulations multiples. Mais tout voyage est aussi une quête intérieure et initiatique. Sous l'abondance des lieux et des couleurs, le vrai périple de Marco Stanley Fogg est une recherche de l'identité, une exploration de la solitude et de l'incomplétude universelles.

 

Mon avis :

 

Comment se retrouver en un clin d’œil du centre de Manhattan en plein désert de l’Arizona ? Eh bien en lisant Moon Palace.

 

En voilà une belle surprise que ce roman de mon auteur chouchou. Après La trilogie New-Yorkaise, je ne m’attendais pas à apprécier autant, si ce n’est plus, un autre de ses romans. Le Voyage d’Anna Blume m’avait un peu déçue car Auster y sort du schéma pour lequel je l’adore ( balader son lecteur par le bout du nez et le frustrer à mort ) et je craignais que le reste de sa bibliographie soit de la même veine. C’est un peu le cas mais étonnamment cette fois-ci ça m’a plu énormément !

 

Dans ce roman, Auster nous fait voyager dans le temps et l’espace. Le ton est donné d’entrée avec le nom qu’il a choisi pour son personnage principal : Marco ( comme Marco Polo) Stanley ( le célèbre explorateur qui a retrouvé Livingstone) et Fogg ( le héros de Jules Verne).

Ici encore, on a droit au procédé fétiche de l’auteur : le récit dans le récit. Je me demande même si je n’ai pas préféré le récit emboîté à la trame générale…

Le texte est truffé de références à la culture américaine, détails historiques et géographiques, autant dire que ce roman est 100 % US . On y croise même Nicolas Tesla et quelques aperçus de sa vie, ce qui m’a décidée à lire le récit que lui a consacré Jean Echenoz avec Des éclairs.

 

Marco Stanley Fogg est un orphelin élevé par son oncle. Sa vie est marquée par la solitude. Petit à petit Marco ne croit plus en rien et se laisse aller. L’amour d’une jeune femme le sort du trou et le met sur le chemin d’un curieux vieil homme au caractère difficile. Cette rencontre bouleverse sa vie.

J’ai trouvé cette histoire très touchante, les personnages très intéressants, surtout le vieil Effing, agaçant et attendrissant à la fois. Je déplore seulement que Paul Auster n’ait pas suffisamment marqué par le style le changement de narrateur. En effet, lorsque Effing raconte ses Mémoires ( ce qui constitue le récit emboîté), on a toujours l’impression que c’est Marco qui parle. Le ton est le même et c’est dommage car les personnalités sont assez tranchées.

Néanmoins, on retrouve bien les thèmes chers à Auster : la quête d’identité, l’errance, la solitude, la perte des êtres chers, la dépossession. Il met à nouveau en œuvre les caractéristiques qui ont fait son style : éléments biographiques, récits emboîtés, étude des hasards de la vie et du destin, clins d’œil à ses précédents romans ( ici notamment au Voyage d’Anna Blume ).

 

Une bien belle lecture donc parmi les rares lectures de ces derniers temps. Mais rassurez-vous, je vais bientôt reprendre mon rythme ( enfin je l’espère !). J’ai quelques chroniques à écrire aussi, j’ai notamment lu Camus, Ferrari, Garcia Marquez, Maalouf, Hosseini et donc Echenoz dont je parlais plus haut.

Pardonnez-moi aussi si je me fais rare sur vos blogs mais là aussi je vais tenter de bientôt reprendre mes bonnes habitudes.

Bonnes lectures à tous !

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 15:02

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On les attendait de pied ferme et les revoilà. Les matchs de la rentrée littéraire sont de retour.

Le principe est le même que les années précédentes. Vous choisissez le livre de votre choix parmi la sélection, Priceminister vous l'envoie et en échange vous en publiez la critique sur votre blog.

 

Les modalités et la liste des titres sont ici.

 

Comme pour les années précédentes, un système de parrainage est mis en place, n'hésitez donc pas à m'indiquer comme votre marraine, ça me ferait très plaisir.

 

Sinon, j'ai choisi comme titre : Pietra Viva d'Eleonor de Recondo.

 

Et vous ? Quel titre de la sélection vous tente ?

 

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 16:38

spartacus« Nous vivons au siècle des révolutions avortées » c’est le constat d’un avocat romain au 1er siècle avant JC. L’empire romain connaît alors une grande période de désordre politique, économique et social. C’est dans ce climat troublé que Spartacus va entraîner avec lui gladiateurs et esclaves dans une révolte qui aura fait trembler Rome.

Cependant le Spartacus d’Arthur Koestler n’est pas un banal roman historique bourré d’actions et d’aventure. Il se veut plutôt une analyse et une réflexion sur le processus de la révolution, son mécanisme et tente d’expliquer pourquoi toute révolte semble être vouée à l’échec.

Bien entendu, le soulèvement opéré par Spartacus est pour Koestler un exemple de base autour duquel il construit son argumentation mais le propos s’applique de façon plus générale. S’agissant de Koestler, on pense notamment au cas de la Russie d’autant plus que Koestler profite de la légende de la Cité du soleil pour aborder le sujet du communisme et de son utopique mise en œuvre.

 

La démonstration est menée avec habileté. Arthur Koestler met d’abord en scène un simple fonctionnaire de l’Etat romain, un greffier de province ambitieux qui cherche les honneurs et à gravir les échelons après de nombreuses années de bons et loyaux services. Il se fait témoin extérieur des évènements mais pourtant constitue à lui seul l’exemple même du citoyen moyen condamné à la médiocrité. Par le cas de ce greffier, Koestler permet une généralisation du type même du candidat à la révolte mais qui se résigne à son état.

 

« Car, aux débuts du monde, les dieux ont privé les hommes de la joie sereine et leur ont enseigné qu’ils devaient obéir aux interdictions et renoncer à leurs désirs. Et ce don de la résignation, qui rend l’homme différent des autres créatures, est si bien devenu chez lui une deuxième nature qu’il en use comme d’une arme contre ses semblables, d’un moyen infaillible d’oppression.

La nécessité de se résigner, de renoncer s’est, depuis les origines, si profondément ancrée dans les hommes qu’ils ne tiennent plus pour noble que l’enthousiasme de l’abnégation. Peut-être ainsi expliquera-t-on que l’humanité s’ouvre tous les jours à l’enthousiasme qui puise ses sucs dans la mort et qu’elle reste sourde à l’enthousiasme de la vie. »

 

Spartacus, lui, ne se résigne pas et veut recouvrer sa liberté, il refuse que sa vie soit vouée à servir de divertissement aux « maîtres romains ». Il rejette sa condition d’homme asservi courbant l’échine. Dans un premier temps, nombreux sont ceux qui le suivent. Puis la désillusion et le découragement plus que les tentatives de matage des forces romaines ont raison du mouvement. Nombreux le désertent et retournent chez leurs anciens maîtres.

Pourquoi la révolte s’essouffle-t-elle et se saborde-t-elle elle-même ?

 

« Il y a deux forces agissantes : le désir de changement et la volonté de conservation. Celui qui part reste attaché par les liens du souvenir, celui qui reste s’abandonne à la nostalgie. De tout temps les hommes se sont assis sur des ruines et ont gémi … »

 

Koestler pointe alors du doigt la frilosité de l’homme face à l’incertitude du changement. Par sa nature, il préfère un état qui lui est défavorable mais qu’il connaît à une possible meilleure situation dont il ignore tous les tenants et toutes les difficultés qu’il lui faudra affronter pour y parvenir. On sait ce qu’on perd mais on ne sait pas ce qu’on trouve.

Autre raison invoquée par l’auteur : l’étroitesse de la conception que se fait la masse de la liberté :

 

« Pour l’homme moderne, la liberté ne signifie qu’une chose : ne plus être obligé de travailler. »

 

Et Koestler d’expliquer par la bouche de Crassus comment Spartacus aurait du s’y prendre. A cette occasion le discours de Crassus n’est d’ailleurs pas sans rappeler les valeurs stakhanovistes prônées sous le régime stalinien :

 

« Si réellement vous aviez voulu des solutions sérieuses, vous auriez dû prêcher une nouvelle religion élevant le travail au rang d’un culte. Vous auriez proclamé que la sueur du travailleur était un liquide sacré ; que c’est uniquement dans le labeur et la souffrance, dans le maniement de la pelle, du pic ou des rames que s’affirme la noblesse de l’homme, tandis que la douce oisiveté et la contemplation philosophique sont méprisables et condamnables. »

 

Bref, Arthur Koestler analyse de nombreux éléments, s’arrête aussi sur l’importance du meneur de la révolte, sur son attitude et la mentalité qu’il se doit d’avoir. Il retrace le schéma type du déroulement d’une révolte incluant les querelles de partis au sein du mouvement, la scission etc… Il fait intervenir de nombreux protagonistes d’horizons différents : l’homme de religion, le philosophe, le militaire, le simple citoyen, le magistrat... Le contexte politique, économique et social est minutieusement étudié. Koestler prend d’ailleurs la peine d’écrire une postface dans laquelle il raconte la genèse du roman, son contexte d’écriture et dans laquelle il souligne l’importance qu’il a accordé à la rigueur historique dans tous les détails ( jusqu’aux descriptions vestimentaires).

 

Spartacus est à l’image du Zéro et l’infini, un roman d’une grande richesse où la réflexion et l’interrogation est constante. Toutefois, j’ai trouvé la première moitié assez longuette et parfois maladroite au niveau du style ( ou de la traduction ?) mais la deuxième moitié redresse la barre et compense largement tant elle pousse au questionnement. Le sujet m’intéressant particulièrement, je ne vous cache pas qu’encore une fois je suis comblée par ma lecture.

 

Arthur Koestler est décidément un auteur qui me plaît de plus en plus. J’ai repéré à la bibliothèque La lie de la terre ( roman autobiographique dans laquelle il relate son expérience du camp) mais aussi une biographie d’Arthur Koestler par Michel Laval, je vais donc m’empresser de les emprunter !

 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 20:39

karooJ’espère vraiment que le phénomène de la liseuse et des e-books ne mettront pas un terme au livre papier. Comment aurais-je pu flasher sur Karoo sans accroche visuelle ? Son design épuré, naturel, tout en simplicité a tout de suite attiré mon attention parmi toutes les autres couvertures ternes ou trop colorées et souvent peu séduisantes.

Une belle couverture couleur sable en relief, du papier d’une douceur rare, bref un très bel objet très agréable au toucher, bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Le petit truc en plus, sur la toute dernière page : la liste des caractéristiques matérielles du livre, type de matériaux employés, type de police d’imprimerie, les dimensions :

 

« L’ouvrage ne mesure que 140 mm de largeur sur 195 mm de hauteur. Pourtant, la chute qu’il raconte est vertigineuse. »

 

Et voilà comment on achève de convaincre la lectrice que je suis de rentrer chez elle le livre en main.

 

Saul Karoo travaille dans l’industrie du cinéma. Son rôle est de réécrire des scénarios peu convaincants et de transformer des navets en chefs d’œuvre. Sa renommée dans le milieu n’est plus à faire, il est riche, reconnu, tout semble aller pour le mieux.

Mais Saul Karoo n’est pas ce qu’on pourrait appeler un modèle de vertu. Séparé de sa femme qu’il a trompé à de nombreuses reprises, il évite soigneusement tout contact avec son fils, ne cesse de boire, ment comme un arracheur de dents et, disons le franchement, se comporte comme un gros porc.

Jusqu’au jour où il est atteint d’un phénomène curieux : Karoo ne parvient plus à atteindre l’ivresse. Il a beau picoler comme un trou, il reste sobre. C’est toutefois grâce à cette curieuse maladie qu’il va enfin prendre conscience de son comportement odieux. Il va alors décider de se racheter une conduite, d’obtenir le pardon de ceux qui finalement comptent pour lui. Mais le destin lui refusera la rédemption et lui préférera le châtiment.

 

Gros coup de cœur pour ce sublime roman d’un auteur malheureusement disparu.

Pourtant je ne cache pas que je commençais à trouver la première partie un peu longue. On y fait la connaissance de Saul, de son entourage, de sa vie, de sa mentalité. Le récit, effectué à la première personne, nous permet d’accéder à ses pensées les plus intimes. Saul nous fait part de ses réflexions sur la société dans laquelle il évolue et se fait aussi son propre critique non sans humour. Saul est un personnage très cynique, il ne semble pas avoir de scrupules et prend tout à la légère. Mais Steve Tesich le fait évoluer subtilement vers la prise de conscience.

D’après les critiques que j’ai lues, beaucoup de lecteurs ont de loin préféré cette partie au reste du roman qu’ils ont trouvé plus fade. Je ne suis pas du tout de cet avis. J’ai adoré la suite du récit et son progressif glissement vers le tragique. On sent qu’il va se passer quelque chose de dramatique. J’ai essayé de deviner où l’auteur voulait m’emmener mais il a vraiment réussi à me surprendre. J’ai fini par prendre Saul en pitié, il m’a vraiment fait mal au cœur. Et lorsque le châtiment survient, l’auteur bascule de la première personne à la troisième. J’ai ressenti ça comme une distanciation punitive, une façon de symboliser le rejet de Saul, de le repousser encore plus mais aussi une manière de montrer qu’il n’est plus celui qu’il était.

Ce roman souligne à quel point les gens ont le pardon difficile et à quel point il est compliqué de faire oublier ses erreurs passées. On peut corriger un scénario de film très facilement mais lorsqu’il s’agit de la vie d’une famille il en va tout autrement.

 

Steve Tesich était un auteur vraiment talentueux, son texte est très bien écrit, habilement mené, bourré de réflexions intelligentes mais aussi d’humour. Une réussite complète.

Le texte original date pourtant de 1996. La France aura du attendre 2012 pour enfin le découvrir. Un autre roman de Steve Tesich semble prévu pour 2014. Je l’attends avec impatience.

En tout cas, un grand merci et encore un grand bravo aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour nous avoir permis de découvrir un auteur de talent.

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