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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 16:57

le zéro« Les personnages de ce livre sont imaginaires. Les circonstances historiques ayant déterminé leurs actes sont authentiques. La vie de N.-S. Roubachof est la synthèse des vies de plusieurs hommes qui furent les victimes des soi-disant procès de Moscou. Plusieurs d’entre eux étaient personnellement connus de l’auteur. Ce livre est dédié à leur mémoire. »

 

Ainsi commence Le zéro et l’infini d’Arthur Koestler. On y suit le parcours d’un haut responsable du parti communiste russe N.S. Roubachof de son arrestation à sa condamnation. Nous sommes en Russie sous Staline à l’époque des grandes purges et des procès de Moscou. Roubachof est un « ancien » du parti, il a participé aux Révolutions de 1917 et, de ce fait, est fortement imprégné des idéaux révolutionnaires de l’époque, idéaux que Staline a, selon lui, trahi. Roubachof s’engage alors dans l’opposition mais finit par être démasqué.

Les interrogatoires qu’il subit et les périodes qu’il passe dans sa cellule sont l’occasion de revenir sur son action, ses choix, sa vision de ce qu’est devenue la Révolution.

 

A travers ce récit, Koestler décortique la mentalité des partisans du régime stalinien et celle de ses opposants. L’analyse qu’il fait du régime se base sur le titre même du récit : le zéro représente alors la place de l’individu au sein de la société communiste russe, l’être humain en tant qu’entité individuelle n’existe pas et doit se sacrifier au bénéfice de la communauté : l’infini. La communauté est tout et l’individu n’est rien. A partir de cette « philosophie », tout est alors excusable, peu importe que certains meurent de famine, peu importe que d’autres soient arrêtés et condamnés arbitrairement, tant que tout cela participe au bien collectif.

 

Pour les partisans du régime, l’URSS est une grande expérience unique dans le monde et dans l’Histoire. Et une expérience n’est pas complètement prévisible et peut amener à faire des erreurs. Mais seule l’expérimentation permet d’évoluer. Peu importent les dommages collatéraux, la fin justifie les moyens.

« Chaque année plusieurs millions d’humains sont tués sans aucune utilité par des épidémies et autres catastrophes naturelles.[…] La nature est généreuse dans les expériences sans objet auxquelles elle se livre sur l’homme. Pourquoi l’humanité n’aurait-elle pas le droit d’expérimenter sur elle-même ? »

 

De son côté Roubachof couche par écrit ses propres réflexions, tente de comprendre comment l’idéal révolutionnaire original a pu dévier vers un régime politique autoritaire où les libertés ont disparu, il élabore des théories que ses accusateurs critiquent par la suite apportant leurs propres contre-arguments. Le tout est extrêmement intéressant, pousse le lecteur à réfléchir et à se poser des questions.

 

J’ai trouvé ce récit extrêmement fort et poignant. J’ai adoré le personnage de Roubachof, qui loin d’être un héros, se comporte en humain avec ses forces et ses faiblesses. Il témoigne également de la grande difficulté à assumer ses idées et ses opinions dans un régime aussi oppressif et répressif, comment sauver sa tête sans en dénoncer d’autres ? J’ai admiré la force et l’intelligence avec laquelle il a résisté et répondu à l’interrogatoire de Gletkin, Gletkin modèle parfait de l’agent russe endoctriné et appliquant à la lettre toutes les ruses du système pour faire avouer aux condamnés des faits qu’ils n’ont jamais commis. Roubachof démonte les arguments de Gletkin en en faisant ressortir l’absurdité et l’incohérence donnant des passages assez jouissifs à la lecture.

 

Une scène m’a particulièrement touchée, c’est celle où à l’occasion d’une promenade au sein du centre de détention, Roubachof échange quelques mots avec un nouvel arrivé, occupant de la cellule à côté de la sienne. Le pauvre homme est originaire d’un « petit état du sud-est de l’Europe » où il a passé vingt ans en prison avant d’être envoyé en Russie. Il semble avoir perdu l’esprit mais pourtant cet échange entre lui et Roubachof est très révélateur de la désillusion qu’ont connu nombre de soviétiques à l’époque :

« Je n’y peux rien, dit-il à voix basse. On m’a mis dans le mauvais train.

- Comment ça ? demanda Roubachof

Rip Van Winkle lui sourit de son air doux et triste.

« A mon départ, ils m’ont emmené à la mauvaise gare, dit-il, et ils ont cru que je ne m’en étais pas aperçu. Ne dites à personne que je le sais. »

La Russie telle qu’elle est en réalité est bien loin de l’image de la Russie soviétique idéale telle que la véhicule la propagande communiste.

 

Le Zéro et l’infini est un récit extrêmement stimulant intellectuellement, le fait qu’il se base sur des faits réels en accroit d’autant plus la force et l’intérêt. Koestler a effectué là un travail remarquable et cet ouvrage devrait être plus connu et plus lu qu’il ne l’est. Le style est agréable, on sent la maîtrise de l’argumentation, la logique du texte et l’intelligence de celui qui l’a écrit. Voilà un livre que je relirai assurément et qui gagnerait à être étudié et davantage lu.

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 16:46

marai4ème de couverture :

 

Dans une petite ville de la province hongroise, un respectable professeur de latin mène une vie terne et solitaire, dénuée de surprises. Lorsqu’il entreprend de tenir son journal, pour « faire passer le temps », cette apparente tranquillité vole en éclats. Au fur et à mesure qu’il couche sur le papier les menus faits et gestes de ses journées, des bribes de souvenirs d’enfance lui reviennent, la glace qui recouvrait ses émotions se craquelle, et sa propre vérité surgit enfin. Cette fêlure en annonce une autre, qui va faire basculer sa vie : une passion amoureuse, violente, ravageuse… Ce premier roman de Sándor Márai impose d’emblée le talent magistral du grand auteur des Braises.

 

Mon avis :

 

Se plonger dans Le premier amour, c’est partir à la découverte d’un homme à travers son journal. On y côtoie toutes ses pensées des plus nobles aux plus immorales. La forme du journal intime est un procédé souvent utilisé en littérature mais là où Sándor Márai se démarque c’est qu’on a vraiment la sensation de lire un vrai journal intime et non pas une fiction. Les passages où le narrateur se répète, se contredit, sont tellement criants de vérité que ça n’a fait qu’accentuer mes émotions lors de ma lecture.

Il m’a troublée, m’a rendue perplexe, m’a émue, m’a fait de la peine, m’a choquée, m’a  horrifiée. Je ne savais plus quoi penser de lui, je le sentais parfois à la limite de la folie et pourtant certains détails m’ont rappelé des évènements et des sensations vécus personnellement et ça n’en est que plus troublant encore.

Ce roman est celui de la solitude d’un homme, un homme qui va chercher et réfléchir à comment en finir avec cette solitude qui lui pèse. C’est aussi l’histoire d’un homme qui réalise peu à peu qu’il est passé à côté de sa vie. Mais il n’est peut-être pas trop tard ?

 

« Il existe au monde des malheurs et des bonheurs à côté desquels tout ce qui peut m'arriver, chaque événement, du plus horrible au plus heureux, produit le même effet qu'une mouche qui se décolle et tombe d'une fenêtre à l'automne. C'est à dire rien. Je ne suis personne. »

 

Je ne sais pas quoi dire de plus, je trouve que concernant l’histoire, la 4ème de couverture en dit assez sans en dire trop, je voudrais donc que ceux qui me lisent s’en contentent comme je m’en suis contentée et qu’ils puissent découvrir ce roman de la même façon que je l’ai découvert.

Je l’ai trouvé très actuel par les thèmes qu’il évoque, je me dis que finalement l’être humain a toujours été confronté aux mêmes questions existentielles quelle que soit l’époque.

 

« Quand on lit attentivement un quotidien, on a l’impression que la vie sur terre n’est qu’une série de catastrophes injustes[…] On ne parle que de souffrance, et qui plus est, d’innocents qui souffrent. Lire de fond en comble les nouvelles du jour de temps en temps est très intéressant. Ça m’a calmé parce que je me suis dit que je fais partie de la communauté des hommes, puisqu’ils souffrent tous et que moi aussi, je souffre. »

 

J’ai beaucoup pensé au Loup des steppes de Herman Hesse. Mais si le thème principal reste sensiblement le même, le traitement et l’approche sont complètement différents. Le loup des steppes est plus philosophique, Harry se met de lui-même à l’écart du monde parce qu’il n’en partage pas les valeurs, il le rejette délibérément. A l’inverse, dans Le premier amour, j’ai eu plus l’impression d’une solitude subie. J’ai senti Gaspard parfois très imbu de sa personne et j’attribuais sa solitude à ce trait de caractère, il ne trouve personne assez bien pour lui. Mais dix lignes après, il fait montre d’une telle compassion envers autrui que mes théories en sont réduites à néant.

 

Bref cette lecture m’a désorientée et m’a beaucoup touchée en même temps. Je suis ravie d’avoir découvert ce grand auteur de talent et je poursuivrai sans aucun doute ma découverte.

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