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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 07:47

apres.jpgNombreux sont les témoignages qui nous relatent de l’expérience des soldats pendant la première guerre mondiale. Chez nous, français, on a les très célèbres Le Feu d’Henri Barbusse ou encore Les croix de bois de Dorgelès et bien d’autres … Chez nos voisins allemands, on connaît surtout A l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque. Sauf que ce dernier ne s’est pas arrêté là. Il a décidé de nous raconter la suite, l’après la guerre. Parce qu’il y a eu un après pour ceux qui ont eu la chance ( ?) d’en revenir.

 

Le récit s’ouvre, nous sommes encore dans les tranchées. Les obus fusent et explosent toujours. Les copains sont malades, blessés ou n’en réchappent pas. Et puis soudain, alors qu’on commençait à ne plus y croire après tant de fausses joies, un cri se propage : « La paix ! ». C’est fini. La grande boucherie ferme ses portes. On a du mal à réaliser mais on se met en route. Il est temps de rentrer chez soi. Sur le chemin, on reste sur ses gardes. Le doute persiste. On croise des soldats qui, peu de temps encore auparavant, étaient nos ennemis. On se toise avec méfiance puis on sympathise, on s’échange des souvenirs pour les uns, de la nourriture et des produits de première nécessité pour les autres. Et on arrive enfin chez soi.

 

Mais l’accueil n’est pas celui qu’on attendait. On espérait retrouver notre vie là où on l’avait arrêtée en partant au front. Faire comme si la guerre n’avait été qu’une parenthèse, que le temps s’était figé et que la vie reprendrait son cours normalement au retour. Mais c’est impossible. Les jeunes adolescents qui étaient partis et qui n’ont que 3-4 ans de plus sont à présent devenus des hommes. Difficile de le faire comprendre à son entourage.

 

Pour Ernst et ses camarades survivants, le retour se place sous le signe de la déconvenue et de l’incompréhension. Comment accepter de nouveau la futilité du quotidien et de la vie quand on a connu l’horreur et côtoyé la mort d’aussi près ?

On se raccroche à ce qu’on peut. Les études, le travail, l’amour ou la famille. Mais ça ne marche pas. Ajoutons à cela les cauchemars et les hallucinations. Chaque membre du groupe tente de se faire une nouvelle place dans cette société qui, pourtant, ne leur correspond plus. D’autres s’engagent à nouveau dans les rangs de l’armée mais en reviennent écoeurés. L’esprit de camaraderie qui régnait pendant la guerre n’est plus. Ils semblent tous être passés à autre chose. Sauf eux.

 

Dans ce sublime roman d’une cruauté blessante, Erich Maria Remarque brosse le portrait de plusieurs poilus allemands, nous montre leurs difficultés à retrouver une vie normale. On se rend compte que le choc est terrible. Plus rien ne semble avoir de sens. Le fossé entre ceux qui ont combattu et les autres est énorme et apparaît comme infranchissable.

 

« Il me faut serrer la main de quelques personnes et je commence à suer. Les gens d’ici sont bien différents de ce que nous étions, nous autres au front. En comparaison, j’ai l’air aussi lourd qu’un tank. Ils se tiennent comme s’ils figuraient dans une vitrine de tailleur, et ils conversent comme sur un théâtre. Avec précaution, je cherche à dissimuler mes mains, car la boue des tranchées s’y est incrustée, comme un poison. Je les essuie à mon pantalon à la dérobée. Malgré ces précautions, ma main est toujours moite au moment où je dois la tendre à une dame. »

 

Le monde qu’ils ont laissé n’est plus le leur au point que l’un d’entre eux retournera sur le champ de bataille s’y donner la mort. La destinée de nombre d’entre eux est tragique. Certains culpabilisent même de rentrer indemne là où les copains sont tombés ou d’autres sont revenus estropiés. Parfois même leur sort leur paraît plus enviable. Car personne ne se soucie de ceux qui sont revenus et leurs proches sont incapables de les comprendre et ne les reconnaissent plus.

Erich Maria Remarque évoque aussi les troubles politiques et sociaux de cet après-guerre douloureux pour l’Allemagne : la défaite, la fuite du Kaiser, les révoltes des soldats qui se sentent trahis et abandonnés, les grappillages de vivres car on a faim.

 

Roman tragique, d’une force redoutable, Après m’a fortement marquée. Certains passages sont criants de désespoir. Il n’y avait que l’un d’entre ses soldats pour nous expliquer à nous autres qui n’avons pas connu ça ce qu’ils ont vécu et comment, l’impact psychologique que la guerre a eu sur eux, ces réflexes acquis et qui sont devenus naturels.

 

Après est un roman percutant, bouleversant et surtout indispensable. A lire absolument !

 

Un grand merci à Lise et aux éditions Folio.

 

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